Jeudi 13 décembre 2007

Dès 5 heures, quelques voix d'hommes se font entendre. Ils empoignent leurs coupe-coupes, enroulent un foulard autour de leur cou pour afronter la fraîcheur matinale, puis partent aux champs. C'est ensuite autour des femmes de sortir une à une des cases. Elles vont au puits, se saluent, discutent un peu, puis reviennent avec de lourdes bassines d'eau, habilement posées sur la tête, pour la cuisine et la toilette. Le chant des oiseaux les accompagnent dès les premiers rayons du soleil. Puis les enfants balayent la cour, et les cases. Chacun s'accroupit ensuite autour des larges bols remplis de "sikat", un genre de cousous à la texture sabloneuse, dans laquelles ils plongent leurs petites mains.

Puis nous partons sur le chemin de l'école. Les sandales des enfants laissent de jolies traces sur le sable. Nous croisons un âne, quelques moutons. D'autres anfants nous rejoingnent. Nous poussons le grand portail et arrivons das la cour, joliment ornée de manguiers, apportant un peu d'ombre aux enfants, lors de la récréation. Les enseignants se saluent longuement, c'est de coutume ici, puis se réunissent dans la salle de direction, qui est aussi la classe des plus petits (CI et CP, pas de maternelle ici). Chaque enseignant soumet son planning au directeur, Monsieur Diallo, qui l'approuve généralement sans façons. Puis chacun regagne sa classe, pour une nouvelle journée. A 8h, un enfant frappe une "cloche", constituée d'une gente de voiture rouillée, avec une grosse barre de fer, annonçant ainsi l'ouverture des classes (qui en réalité ne ferment pas... excepté la classe du directeur, protégée par un petit cadenas!).

Pour ma part, je passe dans chaque classe, selon un planning de "soutien en français", réalisé avec les enseignants.

Je commence avec les CM2. Les plus grands. Les plus nombreux aussi. Ils sont 42. Il faut travailler l'expression orale. Je leur propose donc de raconter les fetes de Tabaski, qui approchent. Les élèves ici sont très volontaires et veulent toujours participer, ce qui est très motivant. Quand je pose une question, ce sont une trentaine de mains qui se lèvent, et des cris s'envolent: "madame, madame"! Puis chacun vient à son tour raconter les fêtes: les prières le matin, les hommes qui tuent le mouton, la préparation du repas, les jolis boubous, les chants, les danses...

Je vois des améliorations au fur et à mesure des cours d'expression orale. Ils prennent de l'assurance, s'approprient de nouveaux mots, et ont le souci d'essayer, au risque d'accrocher sur un mot, et de déclancher des rires moqueurs! Ici, que ce soit pour la danse ou à l'école, on rit beaucoup des autres, on se moque, mais on essaie... et c'est l'essentiel.La plupart des parents ne parlent pas français. Les élèves n'ont donc pas l'occasion chez eux de pratiquer cette langue, et ne l'entendent qu'à l'école. 

Puis je donne un cours d'expression écrite en CM1. Il faut enrichir des phrases. Par exemple, la phrase "le garçon a acheté un cahier", est transformée par Abdou, en "Ce matin, le petit garçon a acheté un cahier jaune pour 100 francs CFA à la boutique de Rassoul"! (boutique proche de ma maison). Ce qui est plutôt bien! Cela s'obtient au terme de longues explications et de nombreux exercices.

Ici, les enfants ont l'habitude d'apprendre par coeur, et de recopier. Ils est rarement fait appel à leur imagination. C'est là mon rôle, de les pousser à inventer, à imaginer, plutôt que reproduire. C'est passionnant et les progrès sont déjà palpables. Je souhaite vivement qu'un autre volontaire arrive prochainement pour poursuivre ce soutien en français si nécessaire.

Puis c'est le cours de lecture et de compréhension en CE2. L'achat des livres permet maintenant à chaque élève de suivre correctement. Quand je suis arrivée, ils devaient se regrouper par 4 autour d'un livre. La lecture est la base de toutes les matières. Celui qui ne sait pas lire ne comprendra pas les leçons d'histoire ou de sciences, et ne pourra pas résoudre les problèmes de mathématiques.

Il y a très peu de livres dans les familles, et pas de bibliothèque dans le village. Il est indispensable pour les enfants d'avoir accès à la lecture au moins à l'école.

Puis en CE1, je leur apprends un peu de vocabulaire. Aujourd'hui, les parties du corps. (tête, pieds, nez...). Mon bonhomme dessiné au tableau les fait beaucoup rire! Je le complète par une chanson à gestes, qui leur permet de répéter les mots, et de les situer, ce qui leur plait beaucoup! Ils adorent chanter...


Enfin, en CI et CP, c'est un cours de langage. Là, c'est plus compliqué. Ils découvrent tout juste le français. Les quelques mots de sérere que j'ai appris m'aident beaucoup. Je traduis tout ce que je leu apprend, y compris les chants.

Entre temps, il y a eu la récréation, de 11h00 à 11h30. Deux jeunes femmes du village, Dieye et Mariama, apportent du pain, et de grands bols de "niaw" (haricots rouges sauce oignons et épices), et de "vermicelle" (genre de spaghettis-tomates). Chacun peut se procurer un gros morceau de pain, garni de l'une ou l'autre de ces préparations, pour 100 Francs CFA (soit 15 cts d'euros). C'est délicieux, et je ne rate ce moment sous aucun prétexte! Des enfants s'agitent dans la cour, mais beaucoup rentrent à la maison manger du mil, car ils n'ont pas tous les moyens de s'offrir ce genre de 2ème petit déjeuner.

Puis à 11h30, la cloche sonne à nouveau. Les élèves regagnent les classes. Un groupe de mamans d'élèves s'activent autour du feu pour préparer le repas du midi, qui sera servi à 13h00.

13h00, c'est l'heure du déjeuner. Pour 500 à 1000 FCFA par mois, (soit environ 1€), les enfants sont assurés de manger chaque jour un bon repas, avec un morceau de poisson. Des groupes se forment dans la cour, sous les manguiers et dans une salle de classe désaffectée. Ils mangent rapidement puis rentrent chez eux. L'après-midi, les cours n'ont lieu que le mardi et le jeudi, de 16h00 à 18h00, quand le soleil est moins chaud.

A 18h00 on se salue, on se dit "à demain Inch'Allah" (si Dieu le veut), et on rentre chez soi, en empruntant les petits chemins de brousse. On croise les paysans de retour des champs, on se salue. Chacun va boire le thé. Dans une heure, la lumière du soleil laissera place aux lampes torches et bougies. Les enfants de la famille et du village me demanderont des exercices, ou viendront réciter leurs leçons, leur petit cahier à la main.

Par céline
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